Ï
Un tréma c’est deux points : aller d’un point à un autre, d’un pays à un autre, par désir ou par nécessité.
« Ï » ou ce que l’on perd et ce que l’on gagne en traversant une frontière : sur les chemins de la retirada des républicains espagnols, un parcours acrobatique et clownesque, entre souvenirs et mémoire, fantasmes et réalité.
Ï arrête le temps, parce qu’il y a des souvenirs qu’il n’a pas vécus.
Il y a eu une frontière, il l’a traversé, lui ou bien son grand-père ou il ne sait plus trop…
Mais ça oui, il est espagnol, non, catalan, et puis français aussi…
Son combat ? Déambuler dans les mémoires d’une Espagne démolie, histoire de comprendre pourquoi il a trois langues dans la tête et cherche ses mots.
L’histoire de ces républicains, de leur exil. Traverser le froid, la neige, le vent.
Résister ?
Comme l’impression d’être assis sur une frontière sans savoir de quel pied se lever…
Le temps de la chute.
Un solo centré sur le clown “Ï” et son Histoire.
Un projet paradoxal, où le clown, éternellement présent, questionne un moment de l’histoire : l’exil des républicains espagnols après la victoire de Franco.
Pour moteur, le retour sur une origine : l’Espagne et son identité.
Pour matériau, le travail acrobatique, le jeu clownesque et le rapport entre scène et image.
Pour questionnement, les paradoxes de l’humain, entre quotidien et Histoire, hasards de la vie et destin, débandade et résistance, instabilité et engagement.
Puiser dans l’histoire et pourtant être intemporel : ça pourrait être avant ou plus tard.
L’histoire de la survie d’un homme qui doit se réinventer tout au long de son cheminement, une histoire d’exil.
Ce genre d’histoire existe et continuera d’exister, car les territoires se kidnappent, se vendent ou se troquent comme les vies.
Un drame humain, pourtant créé par d’autres hommes, faisant partie de notre monde, celui que nous forgeons, plein de nos paradoxes.
Pourtant il faut vivre, et pourquoi pas rire de ce capharnaüm de nos désirs et de nos injustices.
« L’effondrement du front de Catalogne pendant l’hiver 1938, se traduit par un gigantesque exode. 450 000 civils et soldats républicains espagnols entrent en France du 31 janvier au 9 février 1939 (date de la fermeture de la frontière par les nationalistes).
Leur accueil se déroule dans des conditions indescriptibles de désordre, en dépit des avertissements répétés du gouvernement central de Barcelone. Ce destin tragique s’accompagne des vexations et d’humiliations de la part des forces françaises. »
L’oeil de l’exil, éditions Privat 2004.
En France, cette période de l’Espagne nous paraît lointaine, et pourtant c’était hier.
En Espagne, on sait que c'était hier, mais on se tait pour se persuader qu’elle est lointaine.
Le début de la guerre civile en 1936, l’exode en 1939, la dictature jusqu’en 1975.
Et moi je suis né en 1979.
Blaï Mateu Trias
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